L’implantation des industries sur un territoire n’est jamais le fruit du hasard.
En Poitou-Charentes, l’industrie s’est développée parce que des hommes ont exploité des ressources naturelles : l’eau, le bois, la pierre, parce beaucoup de ces hommes étaient des meneurs, des inventeurs et parce que l’histoire du pays, avec ses évènements, ses guerres, ses crises, a orienté aussi les métiers.
Une industrie marquée par des évènements historiques
Un personnage a marqué particulièrement l’histoire industrielle de la région : COLBERT, le surintendant des Finances de Louis XIV. Il réforme l’industrie, le commerce. On trouve les traces de sa suractivité (il travaillait 16 heures par jour) dans beaucoup d’endroits. Son père était drapier. Coïncidence ou pas : dans les Deux-Sèvres, c’est à lui qu’on doit cet essor de l’industrie textile déjà bien présente au XIIe siècle avec ses draperies, le traitement du cuir et de la laine.
Colbert va créer aussi une flotte de guerre, construire des bâtiments, entraîner la fortification de la ville de Rochefort et construire un port militaire où sera édifié «le plus magnifique arsenal du Royaume». L’arrivée de nombreux militaires et de main-d’oeuvre va doper l’économie locale en développant les sergeries, les bonneteries.
Ces militaires ne voulaient que le meilleur du feutre. Les rebuts étaient alors utilisés soit comme pantoufles à glisser dans les sabots, soit pour faire briller les parquets. De là à la célèbre charentaise, il pourrait n’y avoir qu’un pas. Mais ce pas sera grand car ce n’est qu’au XXe siècle qu’André Chaignaud et James Rondinaud, des rupificaldiens (habitants de La Rochefoucaud) feront connaître cette pantoufle.
En Charente, c’est aussi le papier d’Angoulême qui deviendra papier royal et sera exporté dans toute l’Europe sous le nom de «Velin d’Angoulême», toujours grâce à Colbert.
À cette époque on comptait plus de 150 moulins à papier en Charente. C’est ensuite que se sont développées des usines de transformation de ce papier : en 1888 sera construite la première usine de carton ondulé à Exideuil-sur-Vienne.
L’histoire marque encore le territoire du Poitou-Charentes avec la révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Les protestants ne peuvent plus pratiquer leur religion, occuper des postes dans l’administration et sont même persécutés. C’est l’époque des Dragonnades dans le Poitou et de nombreux ouvriers protestants fuiront la région. Ils priveront ainsi l’économie de ses forces vives.
Une autre crise au XIXe obligera les agriculteurs à se reconvertir : le ravage des vignobles par le phylloxera. Les anciennes surfaces viticoles ne seront replantées que partiellement. La région se tournera alors vers l’élevage, la production de lait et de produits dérivés. Ainsi se développera tout un secteur lié à l’agroalimentaire, comme l’emballage avec les boîtes de fromage, les caisses en bois, etc.
A l’origine de l’industrie, des ressources naturelles : l’eau, le bois, la pierre
Si l’industrie bouge à partir d’évènements historiques, elle se développe aussi grâce aux ressources naturelles de la région.
D’abord l’eau : la qualité de celle de la Sèvre Niortaise par exemple permettait de bien traiter les peaux dans les moulins à foulon. L’essor des tanneries, des mégisseries en témoigneront.
Et c’est bien sûr le long des cours d’eau que s’installait la vie tout court avec les moulins à blé, les filatures et les moulins à marée jusqu’au bord de la mer.
Les forges aussi s’installent le long des cours d’eau : ils fournissent la force motrice.
C’est un maître de forge à Sireuil en Charente, Émile Martin, qui mettra au point en 1864 le procédé de fabrication de l’acier sur sole. Toujours dans ce département, à Ruelle, le marquis de Montalembert créera en 1751 un haut fourneau et une fonderie de canons, en utilisant l’eau «pure» de la Touvre, une eau à température et débit constants. C’est là l’origine de ce qui est devenu aujoud’hui DCNS Equipements navals.
Les cours d’eau servent aussi pour le transport : pour celui du vin dès le XIIIe. Mais pour qu’il se conserve mieux, on le distille en eau-de-vie et on le met dans des fûts de chêne. C’est ainsi que naîtra le cognac.
Après l’eau douce : l’eau salée, celle de la mer toute proche. Le port de La Rochelle prospère dès le Xème siècle avec l’exploitation des salines, la pêche et l’importation de bois précieux. Mais c’est la création du port en eau profonde de La Pallice qui entraînera la création de chantiers de construction navale, d’ateliers de mécanique et de chaudronnerie.
Puis ce port de La Pallice et celui de Rochefort se spécialisent dans le commerce des produits forestiers : bois exotiques d’Afrique et bois du Nord, de Scandinavie, car la ressource en bois de la région ne suffit plus pour fournir une véritable industrie : scieries, déroulage de contreplaqués, contreplaqués moulés. On va aussi chercher du bois dans le Limousin pour fabriquer des fûts en chêne utilisés pour la tonnellerie dans le cognaçais. Enfin, grâce à ce bois, c’est aussi un véritable savoir-faire qui s’est développé dans le domaine du meuble.
Autre ressource régionale : la pierre. L’exploitation de ce minérau est très ancienne : de nombreuses carrières sont encore exploitées de nos jours. La pierre de Chauvigny dans la Vienne a été utilisée pour bâtir le socle de la statue de la Liberté à New-York. Les gisements d’argile conduiront à une véritable industrie de la tuile. Un certain Jean Bozier utilisera le kaolin pour fonder un petit atelier de faïence en 1826 et devenir aujourd’hui une production de porcelaine.
Châtellerault, La Rochelle : des territoires marqués par l’industrie
Des territoires ont un véritable enracinement industriel comme celui de Châtellerault dans la Vienne.
Dès le Moyen Age on y trouve des usines de coutellerie et cette tradition va continuer avec la création en 1819 par ordonnance royale de la Manufacture d’Armes. Elle est destinée à cette époque à produire des armes blanches. Elle sera ensuite l’une des plus importantes usines d’armement d’Europe durant la 2nde guerre mondiale. Quand elle fermera ses portes en 1968, cette tradition industrielle permettra une reconversion plus facile. Elle permettra d’accueillir des entreprises venues d’Île-de-France et donnera naissance à beaucoup d’entreprises de la mécanique et de l’aéronautique.
D’autres zones voient arriver l’industrie avec l’essor du chemin de fer qui conduira en 1918 à Aytré en Charente-Maritime, une société américaine (Middltown car company) à fabriquer des voitures de voyageurs, des voitures-lits et des voitures-restaurants. Dans les années 60, c’est la navigation de plaisance et toute l’activité industrielle qui devient importante, si bien qu’à La Rochelle un grand port de plaisance est construit en 1971.
Des inventeurs régionaux : Claude Boucher, Marcelin Leroy, Louis Heuliez...
À cause d’évènements politiques, sociaux, grâce aux ressources naturelles, aux progrès techniques, l’industrie bouge donc, s’adapte.
Elle bouge aussi grâce à des initiatives individuelles, à des personnalités particulières.
Ainsi des hommes bien trempés façonnent le territoire : Claude Boucher va profiter des changements de mode de consommation et du conditionnement des eaux de vie en bouteille. Il fera progresser les techniques en verrerie en inventant une machine de moulage. Saint Gobain en Charente en tire encore les bénéfices aujourd’hui.
Un autre précurseur inventif : Marcelin Leroy créera en 1920 un atelier de fabrication de moteurs électriques : c’est Leroy-Somer aujourd’hui à Angoulême.
Un certain Louis Heuliez, à Cerizay dans les Deux-Sèvres, dont le grand-père était charron, réalisera en 1920 sa première carriole. L’entreprise HEULIEZ, avec la fabrication de bus et ses activités automobiles, est une des cinq entreprises de plus de 1 000 salariés dans la région.
De grandes entreprises implantées de longue date
Rappelons enfin que certaines entreprises ont un passé plus ou moins lointain :
L’histoire de cette région montre bien que Poitou-Charentes est une terre industrielle, même si celle-ci est davantage connue pour son passé historique, le tourisme et l’agriculture. Grâce à la diversité de son industrie, à la richesse de ses savoir-faire, la région possède de véritables atouts pour faire face aux enjeux du monde économique et de ses mutations.